L’IMMACULÉE CONCEPTION ET L’ÉCOLE CONGRÈS MARIAL INTERNATIONAL 1958

CONGRÈS MARIAL INTERNATIONAL

Lourdes 1958

SECTION DES PÈRES DE FAMILLE

L’IMMACULÉE CONCEPTION ET L’ÉCOLE

( ESQUISSE D’UN  HUMANISME CHRÉTIEN  )

RAPPORT DU « PUBLICAIN » 15 SEPTEMBRE 1958

 À SA SAINTETÉ JEAN XXIII

Avec la vive gratitude et le filial dévouement du Publicain [1]

Une version pdf (35 pages ) est téléchargeable gratuitement ici CONGRÈS MARIAL INTERNATIONAL Lourdes 1958 maj 29 01 2013

Avant de prendre lecture de cette conférence, nous invitons le lecteur à voir un film d’archives , de 9 minutes, de 1958, année du centenaire des apparitions de Lourdes.


Lourdes 1958

section : Pères de Famille

16 Septembre 1958

15 h. , à la Résidence

St Thomas d’Aquin

L’Immaculée Conception & l’École (essais d’un humanisme chrétien).

Conférence du Publicain Réunion présidée par S. A. R. le

Prince Xavier de Bourbon.

 

17 h. , à la Grotte

 

Consécration des Familles

au Cœur Immaculé de Marie,

par S.E. le Cardinal Cerejeira patriarche de Lisbonne.

 Mes excuses . . .

 

Des personnes que je tiens en grande estime m’avaient conseillé de publier cette causerie. Mais j’étais inquiet de la transposer dans un texte écrit qui exigerait une précision de langage et certains développements techniques, dont je me sens bien incapable.

Pour ma part, je n’avais donné et je ne donne à mon exposé que la valeur d’un cri d’alarme. Il n’explique pas la portée du péril, ni la grandeur de Celle qui y fait face pour nous et nécessairement avec nous; il les signale.

Or, il m’est apparu que ce cri tout humain avait un sens au moment où les rencontres entre les chefs de l’Ouest et de l’Est sous le signe des conquêtes planétaires, pourraient préluder à un dangereux tournant de l’humanisme.

C’est pourquoi je me décide à publier en m’excusant à l’avance des imprécisions et des lacunes dont le lecteur avisé ne tardera pas à s’apercevoir.

4 Octobre 1959.

 

 

Monseigneur, Mesdames et Messieurs,

Je me suis torturé le cerveau pour essayer de simplifier au possible le développement de ce titre aussi riche de sens que « l’Immaculée Conception et l’École ».

…Comment parler de l’Immaculée Conception sans parler du Jugement de Dieu qui est la pure Conception de la Pensée Divine ? Comment parler de l’École chrétienne sans parler de sa finalité qui est l’humanisme ?

Ce sont des sujets bien ardus pour quelqu’un qui n’est ni théologien, ni pédagogue et qui n’a pas le langage digne d’un Congrès Mondial où se trouvent réunis les plus célèbres mariologues de la Chrétienté.

Mais, comme tout ignorant qui se respecte, j’ai quelques vérités fondamentales à tirer de l’oubli. Et cela ne sera peut-être pas sans signification à proximité1 de cette Grotte où le plus grand des messages après l’Évangile a été confié à une petite fille qui ne savait ni lire ni écrire et qui ne connaissait pas son catéchisme.

 

 

Le Jugement de Dieu

Acte d’amour par excellence, le Jugement de Dieu est une conception de la pensée divine qui engendre, ordonne et finalise toute vie, toute forme, toute dimension, toute durée, toute évolution. Tout s’explique par lui et rien ne s’explique sans lui.

Car Dieu n’est pas un Être diffus, ni séparé : Il n’est ni seule immanence à sa Création, ni transcendance pure en elle, mais son jugement est créateur et normalisateur; il est immanent et transcendant : c’est la Présence de Dieu en ses œuvres.

La Création du monde est jugement, parce qu’elle est un ordre de vie et d’évolution où chaque étape appelle un jugement de valeur.

Il est écrit qu’au cours des six journées cosmiques de la Création, Dieu « regarde » son œuvre et la « juge », sept fois, avec des mots identiques :

 » Il vit que cela était bon »

(Genèse I – 4, 10, 12, 18, 21, 25, 31).

 

Ces journées ne sont pas finies. Elles durent, avec: le Jugement de Dieu, qui est facteur d’évolution de la matière» puisque là où le jugement s’arrête, il n’y a plus de vie évolutive.

Nous sommes au sixième jour, en plein jugement de l’homme, mais l’œuvre des cinq premiers jours continue dans l’espace-temps, qui est, lui-même, un Jugement de Dieu.

C’est un perpétuel présent :

 » Je suis l’Être et il n’y en a point d’autres; je forme la Lumière et je crée les ténèbres, je fais le Bien et je crée le mal ; C’est moi, Yahweh, qui fais tout cela; Cieux, répandez d’en haut votre rosée et que les nuées fassent pleuvoir la justice.  »

(Isaïe, XLV, 7-8)

Dieu façonne ses œuvres par le jugement du Bien et du Mal.

Tout le mystère de l’évolution est là :

 » En face du Bien, il y a le ‘mal, on face de la Vie, il y a la mort» en face du Juste, il y a le pécheur; considère toutes les œuvres du Très-Haut : elles sont deux à deux, l’une opposées à l’autre.  »

(Eccl. XXXIII, 14-15)

La finalité du Jugement est l’Amour :

« Je prends aujourd’hui à témoins contre VOUS le Ciel et la terre : j’ai mis devant TOI la Vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la Vie afin que tu vives, Toi et ta Postérité en aimant Yahweh ton Dieu, en écoutant sa Voix et en t’attachant à Lui, CAR CELA. C’EST TA VIE… »

(Deutéronome, XXX, 19-20)

X-X

 

Fils et Verbe de Dieu, le Juge éternel est l’Alpha et l’Oméga :

« Tout par Lui a été fait et sans Lui rien n’a été fait de ce qui a été fait » (Jean I,3) : toutes les valeurs « commencent » par ses premiers jugements, toutes aboutissent à son Jugement ultime qui fait « les nouveaux Cieux et la Terre nouvelle »

(Isaïe, LXV, 17).

Alors le choix du Bien et du mal se termine, la Loi prend fin et le Jugement – le travail de l’Être – est accompli.

 

C’est le septième jour et le repos du Créateur :

 » Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, parce que ce Jour-là II s’était reposé de toute l’œuvre qu’il avait créée en la faisant.  »

(Genèse, II, 3)

Les « jours » précédents avaient eu, chacun, un soir et un matin : de l’obscurité à la lumière. « Le Septième jour » n’a plus ni soir, ni matin : c’est le jour de la perpétuelle lumière.

Le jugement de l’homme

Au sixième jour, « Dieu forma l’homme de la poussière du sol » (Genèse, II, 7). Il le forma, si je comprends bien, avec les matériaux atomiques – la poussière – de l’œuvre des cinq premiers jours : Il le plaça, au sommet de l’évolution de la matière.

Puis, Dieu « souffla dans ses narines et l’homme devint un être vivant » (ibidem)

Le souffle divin est l’âme immortelle de l’Homme. Pas d’atavismes, pas d’hérédités dans le premier homme : toutes les puissances de son âme sont pur jugement de Dieu.

C’est la création d’une nouvelle nature : « Dieu créa l’homme a son image, Il le créa à l’image de Dieu, Il les créa mâle et femelle » (Genèse I, 27).

Trois fois, le Livre emploie pour l’homme le verbe créer qu’il n’utilise nulle part ailleurs, si ce n’est au premier verset, pour « le Haut et le Bas ».

Créé par le jugement divin, l’homme est l’image vivante du Jugement qui manifeste en Lui la Personnalité du Créateur.

La personnalité humaine se bâtit d’elle-même par le jugement.

Toute perception est « jugée » par l’homme avant d’être classée – à sa place et à son rang – dans l’arsenal de la mémoire avant de devenir connaissance.

 

À leur tour, les connaissances acquises se confrontent entre elles pour déterminer tout nouveau jugement.

Ainsi la connaissance se forme par le jugement et le jugement s’informe de la connaissance.

L’homme juge comme il pense. Le jugement de l’homme est une conception de la pensée qui jaillit de sa mémoire consciente ou subconsciente, là où sont inscrites et cataloguées, sous forme de souvenirs, ses connaissances acquises.

Pour décider ce qu’il dira ou fera, l’individu confronte entre eux, ses souvenirs de ce qui a été dit ou fait ou connu, par lui ou par d’autres. Le choix qui résulte de cette confrontation est toujours un jugement de valeur, quelle que soit l’importance de l’objet considéré. Et toujours ce choix, si foudroyant soit-il précède la parole ou l’action.

À mesure de leur fréquence, de leur intensité et de leur durée, les jugements de l’individu « s’incorporent » en lui par des habitudes, bonnes ou mauvaises, qui caractérisent sa personnalité et son mode de vivre.

Or, les jugements individuels qui forment l’homme social font leur synthèse dans le jugement social : ce sont les cellules « pensantes » qui constituent le corps social, ses structures et ses lois,

A aucun stade de la connaissance et de la vie, à aucune phase des relations humaines, à aucun moment des rapports entre la créature et le Créateur, le processus spirituel, psychologique, social et biologique du jugement ne s’arrête : ni dans l’enfant, ni dans l’adulte, ni dans l’individu, ni dans la société, ni dans le passé, ni dans le présent ; c’est la loi de l’assomption au Corps mystique.

Je vous demanderais Mesdames et Messieurs, de bien vouloir retenir ces vérités élémentaires, qui sont fondamentales à l’intelligence des problèmes dont je dois vous entretenir aujourd’hui.

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Chaque jour la science nous explique un peu plus au clair le mécanisme psycho-physiologique du jugement et son lien fonctionnel avec la vie et la connaissance.

 

La neurologie « localise » le centre du psychisme dans le cerveau qui est le poste de commande de toutes les fonctions humaines : perceptions, souvenirs, affections, langage, gestes.

Le système cérébral reçoit les perceptions, les emmagasine et les catalogue dans la « mémoire » neuronique : il en fait des connaissances acquises.

Dès lors, les neurones peuvent échanger, par « leurs » moyens énergétiques, des messages qui confrontent entre eux les connaissances dont ils sont porteurs.

Cette confrontation détermine, pour chaque « cas », la meilleure solution et, donc, le jugement qui déclenche les gestes ou les expressions de langage.

D’après le neurologue doublé du mathématicien, les confrontations que pourraient effectuer entre eux les seize milliards de neurones d’un cerveau humain correspondraient à un nombre de comportements possibles, dont le chiffre, suivi de zéros, couvrirait un volume de quelque mille pages imprimées en caractère 8.

Encore reste-t-il à définir la fonction du système circulatoire dans le mécanisme neuronique du jugement.

Bien sûr, nous savons que le sang vivifie et alimente toutes les cellules et qu’il les purifie ; bien sûr, nous savons que le cœur est l’organe central de la purification du sang et, donc, d’une sélection sanguine qui assure la vie à tout l’organisme. Mais ce n’est là que la mécanique matérielle du cœur. Elle implique, évidemment, l’acte spirituel qui le commande. Peut-être, un jour, la science trouvera-t-elle la synthèse matière-esprit dans la Parole du Christ : la Parole qui – selon les Apôtres Matthieu (XII, 34) et Luc (VI, 45) – situe la source humaine du jugement dans le cœur de l’homme ;

la Parole qui – selon Sainte Marguerite-Marie – situe le parfait jugement dans le Cœur très Sacré de Jésus.

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D’ores et déjà, un fait est acquis par tout chercheur de bonne foi : le processus vital du jugement est une sélection du Bien et du mal, qui obéit à une loi universelle d’unité, vérifiée, sinon définie, par la biologie.

Au vrai, toutes les connaissances de l’Homme ont leur propre contenu de Bien ou de mal par rapport à la VÉRITÉ ABSOLUE qui « les désigne et les astreint » à se confronter entre elles pour émettre le jugement responsable de l’acte humain, psychologique, physiologique ou spirituel : la VIE.

Ainsi le parfait jugement s’inscrit, dans l’ordre de la connaissance, comme l’exact rapport entre la Vérité et la Vie, qui sont, l’une et l’autre, d’essence divine.

Le Verbe incarné – le Juge – en témoigne :

Je suis la Vérité et la Vie

« Je suis » au sens absolu de l’Être suprême : Il est toute Vérité et toute Vie, sur la terre comme au Ciel.

La doctrine chrétienne de la connaissance est bâtie sur cet Absolu.

De même, le jugement qui forme les enfants de Dieu n’a d’autre loi que celle de la Vérité absolue : ils sont engendrés par approximation à la Vérité. C’est par excellence, la loi de la Paternité Divine. Le Christ l’a définie dans une formule lapidaire qui vous coupe le souffle :

« Soyez parfaits, comme votre Père, qui est dans les Cieux, est parfait ».

 

L’antithèse

Cela dit, permettez-moi de paraphraser une célèbre admonestation de l’Écriture : Si la Vérité n’est pas le Principe et le Gardien de la Cité, ceux qui l’ont construite auront travaillé en vain,

Marx a transposé cette évidence, à la fois spirituelle et matérielle, dans un concept exclusivement matérialiste de « Vérité objective absolue » sur laquelle il a bâti la théorie du matérialisme dialectique. Son génie a réalisé l’incroyable exploit de « matérialiser » l’essence spirituelle de la Vérité.

La définition que donne Lénine de la « Vérité » objective marxiste évoque irrésistiblement le drame de l’Éden, le discours du tentateur et la révolte de la nature humaine contre la nature divine :

« De par sa nature« , dit Lénine, la pensée humaine est capable de nous donner et nous donne en effet la Vérité absolue qui est une somme de vérités relatives. Chaque degré du développement des sciences ajoute des nouveaux grains à cette somme de Vérité absolue, mais les limites de chaque thèse scientifique sont relatives, tantôt élargies, tantôt rétrécies au fur et à mesure que les sciences progressent. . .

« Les limites d’approximation de nos connaissances à la Vérité objective absolue sont historiquement relatives, mais l’existence même de cette Vérité objective est une chose absolue, comme est absolu le fait que nous en approchons » [2]

De cette thèse matérialiste de la connaissance, ceci est à retenir : il y a recherche et non pas apport de Vérité absolue que, justement, on recherche parce qu’elle est inconnue : « Rien de définitif, rien d’absolu, rien de sacré« , dit Engels, le fidèle collaborateur et compagnon de Marx : « la philosophie dialectique voit en toutes choses le sceau de l’inévitable déclin; rien n’existe que l’ascension perpétuelle du degré le plus bas au plus achevé« .

En conséquence, une chose étant posée, il faut nécessairement la nier pour avancer. Pas de nature humaine permanente : c’est la matière qui elle-même se pose, se nie, se transforme et la pensée humaine n’est que l’une des formes de l’évolution de la nature. [3]

C’est pourquoi la doctrine marxiste de la connaissance ne peut être que la symbiose d’une dialectique matérialiste avec une vérité dite objective qui est à jamais séparée de l’absolu.

 » La seule méthode juste et la seule philosophie, affirme Lénine, est le matérialisme dialectique. . . La physique contemporaine est en

travail : elle enfante le matérialisme dialectique. . .

« De cette philosophie du marxisme, coulée d’un seul bloc d’acier,

on ne peut retrancher aucune partie essentielle sans s’écarter de la

Vérité objective, sans verser dans le mensonge bourgeois réactionnaire » [4]

 

En portant la doctrine matérialiste dans la pratique révolutionnaire et « constitutionnelle » du communisme, Marx devient Marx, c’est-à-dire : « le fondateur du socialisme en tant que science, le fondateur du matérialisme contemporain infiniment plus riche de contenu et incomparablement plus conséquent que toutes les formes antérieures du matérialisme »[5]

En portant l’emprise directe ou indirecte du matérialisme dialectique sur la moitié du genre humain, le marxisme a universalisé chef, les peuples – dans leur pédagogie, leur politique, leur économie sociale –

l’antithèse des deux doctrines de la connaissance, l’antithèse entre Vérité absolue qui est Dieu et la Vérité dite objective qui nie Dieu : il a universalisé la fausse antithèse entre la Foi et la science.

Marx témoigne de l’antithèse en ces termes : « La Religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, le cœur d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple. » [6]

Dans sa. deuxième lettre sur Gorki, .Lénine fustige à son tour ce qu’il appelle « la tentative d’édification de la divinité » :

« Toute idée religieuse, toute conception de tout Bon-Dieu, tout flirt même avec le Bon Dieu est une abomination indicible.  »

 

Il me semble que tout « progressiste » – qu’il soit chrétien, juif,

musulman ou bouddhiste – devrait méditer ces paroles des deux antéchrists.

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L’antithèse des doctrines de la connaissance amène l’antithèse des méthodes de la libération de l’homme.

Or, toute méthode de libération de l’homme consiste à rendre libre le jugement de l’homme : les relations humaines sont des échanges de services spirituels et matériels : un libre et juste jugement de valeur est donc, la condition de la justice, de la liberté et de la Paix dans les rapports d’homme à homme, d’homme à groupement, de groupement à groupement. C’est-à-dire que la structure et les lois de toute organisation sociale, politique, culturelle ou économique constituent les formes vives d’une méthode d’appréciation, dont le but est de libérer l’homme des servitudes qu’engendre le jugement arbitraire de la valeur. En d’autres termes, seule une loi de la valeur, expression de la Vérité absolue, peut libérer l’homme de l’arbitraire et de l’erreur.

La méthode chrétienne a été définie par le Christ lui-même :

« Si vous demeurez dans ma PAROLE, vous serez mes disciples; vous connaîtrez, la Vérité et la Vérité vous rendra libres.  » (Jean, VIII, 31)

La PAROLE du Christ est toute la Loi, les Prophètes et les Évangiles : Aime ton Dieu parce qu’Il est ton Père; aime ton prochain parce qu’il est ton frère.

La Paternité divine est la raison et la vie de la fraternité humaine.

Dans le christianisme, l’amour est la valeur suprême à laquelle se rapportent toutes les valeurs individuelles et communautaires : Primum amare.

D’où le jugement de la valeur d’après la Loi d’amour et ses préceptes, d’où la libre détermination des valeurs sociales d’après lanature « sociale » de la Loi, d’où la coordination ineffable de toutes les valeurs au but de la Loi : la libération de l’homme.

La méthode marxiste, nous l’avons déjà dit plus haut, a été définie par Lénine : « La Seule méthode juste est le matérialisme dialectique« .

Elle informe les trois étapes classiques de la révolution marxiste : lutte des classes, dictature prolétarienne, société sans classe.

La dialectique matérialiste inspire la mystique de la lutte des classes et « justifie » la réalité de la dictature prolétarienne, mais elle informe, surtout, la loi de la Valeur de la société marxiste, avec ou sans classes : « rien de définitif, rien de stable, rien de sacré« …

D’où la morale appréciée comme une catégorie matérielle et historique, indépendante de toute valeur absolue et de toute référence spirituelle, d’où le jugement des valeurs sociales d’après une confrontation d’intérêts antagoniques en lutte perpétuelle entre eux, d’où l’arbitrage de « l’État maitre de la valeur » [7], d’où la gangrène inguérissable de la classe bureaucratique et, finalement, l’arbitraire contre nature des coalitions technocratiques dominantes : la servitude de l’homme.

x  x

Ce sont les positions fondamentales et normatives d’une société chrétienne d’une part et d’une société marxiste-léniniste de l’autre; pour ou contre Dieu, pour ou contre la Valeur absolue et sa Loi d’amour.

L’antithèse est là, irréductible : christianisme ou marxisme- Elle est placée devant l’homme tel un signe de sa dignité, et une épreuve de raison, afin qu’il juge et choisisse entre le Bien et le mal, entre la liberté et la servitude : afin qu’il reconnaisse dans l’Amour du Père la source unique de la fraternité humaine et de la vie éternelle.[8]

Siècle de jugement

L’antithèse appelle le jugement.

Et quel jugement ! Pareil au combat du Bien et du mal, il n’est pas limité aux structures et aux lois des sociétés humaines, il ne s’embarrasse point des frontières de l’Ouest ou de l’Est; il est partout.

Son étendue est aussi vaste que le domaine de la connaissance. Je dirai même, qu’en ce siècle de vertige scientifique, il apparaît comme un aboutissement apocalyptique du drame originel de la connaissance du Bien et du mal.

J’ai dit : « apocalyptique » : Car il faut admettre, toute intention millénariste exclue, que ce jugement a maints aspects et caractères historiques de l’Apocalypse de Saint Jean :

d’une part, les guerres et les bruits de guerre, l’épouvante, le tonnerre et les lueurs monstrueuses de la bombe atomique,

d’autre part, la lumière de justice et de paix qui vient avec la nouvelle Arche de l’Alliance. Et, bien entendu, la Femme vêtue de Soleil, l’Ève nouvelle, dont nous célébrons ici le siècle de combat et de gloire.

Alors que se préparait, à Lourdes, ce grand Congrès de la science Mariale, se tenaient, à Genève, les assises mondiales de la science atomique.

Monsieur Francis Perrin, qui présidait ces dernières, a dît dans son discours de clôture :

« Pour le meilleur ou pour le pire, l’humanité a uni sa destinée à celle de la science, à nous de tout faire pour écarter le pire et exalter le meilleur.  »

Nous avions déjà entendu des propos semblables. Il y a onze ans, dans son premier discours de président de la Commission atomique américaine, David Lilienthal avait dit :

« La nouvelle Commission devra explorer des terres inconnues. Les conséquences de notre travail pour le meilleur ou pour le pire sont effarantes. Conscient de leur caractère tragique, je vais entrer dans mes nouvelles fonctions avec une humilité profonde … »

Aujourd’hui, ce travail pour le meilleur et pour le pire est entré dans sa phase critique.

Pour le meilleur :

En Amérique, en Union Soviétique, en France et en Angleterre, les premières piles productrices d’énergie atomique commencent à fonctionner.

Pour le pire :

Les stocks de bombes atomiques s’accumulent de part et d’autre, tandis qu’on perfectionne les moyens de les envoyer à destination avec le minimum de frais et le maximum de dégâts.

Déjà Monsieur Khrouchtchev a pu annoncer au monde que l’Union Soviétique garde en stock certaines bombes, dont trois seulement suffiraient pour anéantir l’Angleterre, l’Europe centre-nord et la France.

Ce n’est pas du bluff. On sait qu’avec quinze bombes à triple effet et enveloppe de cobalt, il y a de quoi effacer – c’est le mot à la mode -toute vie sur la planète.

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Jamais l’humanité n’eut à faire face à pareil dilemme de vie ou de mort :

-sur un plateau de la balance, est l’espoir d’un bien-être généralisé par l’emploi de l’énergie atomique.

-sur l’autre, est la menace de mort par l’arme nucléaire qui n’épargne personne.

C’est à l’homme de faire pencher l’un ou l’autre plateau de la balance; il ne dépend que de lui. C’est un choix du bien et du mal, avec toutes ses conséquences matérielles et spirituelles, qui est proposé au jugement de l’homme.

Tel est l’aspect apocalyptique du jugement qui doit déterminer le rôle de la science moderne dans la destinée humaine.

Mais ce n’est là que l’ouverture du procès intenté par l’homme à soi-même quand il a voulu forcer un nouvel humanisme à la flambée atomique.

C’est la première phase du jugement : la guerre chaude ou sa menace. Jusqu’ici, la peur d’un suicide collectif a eu raison d’elle. Mais il n’est pas exclu, pour autant, qu’elle nous réserve un feu d’artifice final.

À son tour, la peur a engendré le chantage de la guerre froide qui voudrait former l’humanisme nouveau en trompant les hommes. C’est la deuxième phase du jugement : l’heure des faux témoins. Elle est en train de passer.

La troisième phase est celle de la guerre pédagogique, d’où sortira, bon ou mauvais, l’humanisme des générations nouvelles.

Ainsi le conflit atteint en profondeur l’esprit de l’homme, là où s’affrontent les forces du Bien et du mal pour libérer ou asservir le jugement de l’homme.

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Pour former l’individu et la société à la justice et à la liberté du jugement, la pédagogie se doit de choisir entre les deux principes – et il n’y en a point d’autres – qui expliquent la genèse et les lois de toutes choses : Dieu ou le hasard.

Que la Vérité absolue soit Dieu et non pas le hasard, cela est « visible » dans les œuvres de la Création : l’unité et l’harmonie de ses lois en témoignent. Si la science, au jour le jour, découvre ces lois merveilleuses, la fonction primordiale de la Pédagogie est, d’exalter le Législateur. Mais si la découverte des lois de la Création est retournée contre le Créateur, si elle est employée pour le nier, la science pèche contre sa nature et la pédagogie contre la raison.

C’est là qu’éclate la colère de Dieu :

« En effet, dit Saint Paul, la colère de Dieu éclate contre toute impiété et toute injustice des hommes qui, par leur injustice, retiennent la vérité captive, car ce qui peut se connaître de Dieu est manifeste parmi eux : Dieu le leur a manifesté. En effet, ses perfections invisibles, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du monde, rendues visibles à l’intelligence par le moyen de ses œuvres. Ils sont donc inexcusables puisque, ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâces, mais ils sont devenus vains dans leurs pensées, et leur cœur sans intelligence s’est enveloppé de ténèbres. Se vantant d’Être sages, ils sont devenus fous. »

(aux Romains I, 18-22)

Aujourd’hui plus que jamais ces paroles sont lourdes de sens : c’est par une altération systématique des sources et des finalités de la connaissance, que la Vérité est retenue captive.

Avec la politisation de l’athéisme ou celle d’une soi-disante neutralité entre la Loi et la science, la pédagogie devient le moyen essentiel d’une emprise totalitaire des pouvoirs politiques sur la pensée humaine : ainsi se réalise la mécanisation des facteurs du jugement.

C’est l’histoire du siècle : le progrès scientifique a amené une ruée irrésistible du machinisme qui commande la production et la distribution des biens. L’ampleur du processus appelle la planification économique et celle-ci pose le problème du consentement des masses, qu’on résout par la planification du jugement social, à savoir la mécanisation, de la pensée humaine dans l’engrenage neuronique.

La méthode de mécanisation – nous l’avons déjà vu – n’est plus à inventer : il suffit d’orienter dans le sens voulu la production des « images » destinées à impressionner le microfilm neuronique. Pour l’immédiat, l’opération est menée par l’édition, la radio, le cinéma; pour l’avenir de l’humanisme, l’opération est menée par la pédagogie.

La guerre pédagogique

Les deux grands adversaires de l’Est et de l’Ouest mesurent leurs forces respectives au nombre et aux budgets de leurs académies, de leurs Universités, de leurs écoles techniques et à la masse des spécialistes qu’elles ont formés.

L’Union Soviétique compte quatorze Académies des Sciences (à elle seule, l’Académie de Moscou dirige 150 instituts de recherche « désintéressée » qui emploient quelques 50. 000 personnes. Elle disposera bientôt d’un budget annuel de 200 milliards de francs. Aucune organisation scientifique au monde ne lui est comparable). Les Universités Soviétiques sont fréquentées par 2 millions 200 mille étudiants. On dénombre dans le pays 1 million 800 mille instituteurs et professeurs, 280 mille « scientifiques » et 7 millions et demi de techniciens possédant une formation secondaire ou supérieure. A raison de 100 mille nouveaux licenciés par an, on aura dans 20 ans, plus de 3 millions d’ingénieurs en Russie.

Les États-Unis s’efforcent de suivre ce rythme infernal. L’Angleterre, l’Allemagne, la France et l’Italie les suivent avec une croissante énergie…

Partout, la politique aidant, on a créé l’hagiographie du savant et l’adoration du technicien. Nous vivons dans l idolâtrie scientiste qui porte en elle-même les germes inexorables de la technocratie, tombeau de l’humanisme.

La science prime tout : soit à. l’Est, où la Vérité révélée est exclue, soit à l’Ouest ou elle est reléguée à la sacristie, la science « explique » tout, elle « peut » tout : le moyen de connaître devient la loi de l’Être. Aussi bien, le conflit de la connaissance n’a pas de front délimité. Il n’exprime pas non plus une incompatibilité fondamentale entre le capitalisme ploutocratique et le capitalisme d’État, qui, l’un et l’autre, ne s’embarrasseront point, le moment venu, de régler leurs comptes sur le dos du tiers payant : en l’occurrence, la personne humaine.

En réalité, les antagonismes économiques, sociaux, politiques et culturels qui déchirent le monde, ne sont que les aspects inférieurs d’un jugement universel du Bien et du mal, où la science elle-même sera jugée.

 

 

L’Unité chrétienne

Je ne me lasserai pas de le redire : la substance de ce jugement apocalyptique est l’antithèse entre le matérialisme marxiste et la spiritualité chrétienne.

Malheureusement, si la doctrine de Marx fait l’unité des marxistes, la doctrine du Christ ne fait pas l’union des chrétiens.

Le Christianisme est divisé contre lui-même par la dissidence de ses Églises et jusqu’au centre naturel de son unité : l’Église catholique.

J’aurais mieux aimé de ne pas avoir à parler de cette plaie ouverte sur le Corps sacré de la Mère Église. Mais il le faut, coûte que coûte, si on veut donner la mesure du péril qui la menace, et, partant, de nos devoirs et responsabilités de chrétiens.

Toutefois, pour éviter le scandale, je ne rapporterai pas ici les cas d’espèce, dont je témoigne dans une édition de ma conférence, réservée – sur demande – aux autorités ecclésiastiques et aux personnalités qualifiées du monde catholique.

……………………………………. 1 page supprimée.[9]

Je me limiterai à tirer les conclusions d’un fait du domaine public, qui manifeste une véritable tendance schismatique chez les intellectuels et les pédagogues catholiques : la tendance, dis-je, à diviser contre Elle-même la Vérité absolue sur laquelle repose la doctrine de l’unité du christianisme.

Toujours plus nombreux sont, en effet, les maîtres chrétiens qui partagent l’enseignement – et se partagent eux-mêmes – d’après deux notions de la Vérité : la Vérité religieuse et la « vérité scientifique« .

Peut-être – car leur bonne foi n’est pas à- mettre en doute – n’ont-ils pas songé que la « vérité scientifique » est la sœur jumelle de la « vérité objective » du marxisme-léninisme. . . Peut-être n’ont-ils pas vu qu’elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau et que l’une et l’autre séparent le Créateur de ses Œuvres, la Foi de la science.

Mais nous, chrétiens et pères de famille, nous ne trouvons pas drôle de payer des maîtres pour enseigner à nos enfants que la Mathématique divine n’a rien à voir avec les mathématiques humaines, que le Principe de toute vie n’a rien a voir avec la biologie, que l’Ordonnateur du monde animal, végétal et minéral n’a rien à voir avec la zoologie, la botanique et la minéralogie, que le « Fiat lux » n’a rien à voir avec l’étude des photons, que le Maître des galaxies, n’a rien à voir avec les projets humains de conquêtes planétaires…

Bien sûr, ces délits contre la Foi peuvent être expliqués comme un repli stratégique de ceux qui jugent indéfendable l’exégèse traditionnelle des Écritures… Mais de là à traiter les textes sacrés – et, en particulier, la Genèse – d’affabulation, il n’y a qu’un pas. Et cela se paie : toutes les failles, toutes les contradictions, toutes les erreurs, qui se manifestent aujourd’hui dans la pédagogie chrétienne, n’ont d’autre source que l’anarchie des exégèses du Premier Livre.

Un emploi matérialiste de la science, écartant la lumière spirituelle de la Foi, en est le responsable. Lutter contre cette tendance du siècle n’est pas facile : personnellement, j’ai fait crier toutes les oies du Capitole scientiste quand je me suis permis d’écrire que le Fiat Lux de la Genèse trouvait sa confirmation dans la science moderne. Or, il est écrit :

 » Au commencement, les Élohim créa le Haut et le Bas. Les ténèbres couvraient l’abîme et l’Esprit de Dieu « couvait » les eaux ».

(Genèse I, 1-2)

D’après les deux premiers versets, rien que les eaux (H2O) et l’Abîme (l’espace) constituaient la « matière première » créée avant l’Ordre divin, rapporté au troisième verset ;  » Que la Lumière soit  » (ibidem, 3)

La Lumière a-t-elle donc jailli de l’H O des origines, que « couvait » l’Esprit de Dieu ? [10]

Et la Science, peut-elle accepter la lettre de l’Écriture qui pose le « Fiat lux » comme le premier acte ordonnateur du Cosmos ? C’est une thèse valable. Elle place, depuis l’Abbé Lemaître, la mutation des corps simples à l’origine de l’évolution de la matière : à partir de l’atome n° 1, l’hydrogène, dont le noyau est constitué par 1 proton et 1 neutron, les corps simples se suivent dans la table de Mendeleïev, de 1 à 92 par l’addition de 1 proton et 1 neutron dans chaque noyau, jusqu’au 92ème atome, l’Uranium, avec 92 et 92. La structure mathématique des matériaux de base de l’univers est là.

Or, la mutation des atomes dans les espaces se manifeste par un éclat de lumière : la splendeur du Soleil n’est due qu’à la mutation de l’atome n° 1, l’hydrogène, en atome n° 2, l’Hélium

II en est ainsi pour toute autre étoile. Il en est ainsi pour toute explosion nucléaire.

Quand explosa, le 16 juillet 1945, la première bombe atomique, un indescriptible éclat de lumière incendia le ciel d’Alamagordo et un tremblement de terre secoua les montagnes de la Sangre de Christo. Tout ému, un journaliste dit alors à Robert J. Oppenheimer, responsable n° 1 de l’expérience : « l’éclair que nous avons vu est celui que verra le dernier homme, à la dernière minute du monde ».

Le célèbre savant lui répliqua : « Non, c’est l’éclair que vit Dieu après avoir dit : Que la Lumière soit« .

J’ai rapporté, en préface d’un livre, ces paroles du premier atomiste du monde comme une claire référence à la Genèse et j’y ai ajouté les paroles du Christ « Je suis la Lumière du Monde » comme une définition du Principe chrétien de toute connaissance, spirituelle et matérielle.

Je n’avais fait que citer» par ordre chronologique, des textes irréfutables :

La Genèse dit : Que la lumière soit. (I, 3)

Le Christ dit : Je suis la lumière du monde. (Jean VIII, 12)

L’Église dit : LA LUMIÈRE RÉELLE était la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. (Jean, I, 9)

Einstein dit : E= mc2: E, énergie, égal à m, masse, multipliée par c2, le carré de la vitesse de la Lumière.

C’est la découverte qui domine toute la science moderne. Elle pose la Lumière comme l’unité de mesure de toute mutation, de toute évolution du microcosme et du macrocosme. Sans la loi du mouvement de la lumière, plus de loi d’Einstein.

…Eh, bien ! Savez-vous par qui j’ai été raillé pour ces propos, traité d’illuminé et renvoyé à l’école primaire ?

Par quelques-uns des plus célèbres spécialistes catholiques de la science nucléaire. Et ce, non pas à cause de la thèse scientifique, mais de la référence aux textes sacrés.

 

Cela se passait l’année dernière.

En son message pascal de cette année, Pie XII déclarait textuellement :

« Comme à l’aube de la Création, la Lumière, jaillie d’abord des mains de l’Ordonnateur tout puissant d’un cosmos encore informe, chaotique et ténébreux, fut placée, pour ainsi dire, au seuil de tout ordre et de toute beauté, à l’origine de tout développement et de toute vie, ainsi dans l’Œuvre de restauration comparée par l’Apôtre à une nouvelle création… La lumière du Christ est l’élément premier, fécond, indispensable de l’ordre nouveau rétabli par le Fils de Dieu… Le même Verbe de Dieu, qui présida à la Création de toutes les choses, visibles et invisibles, s’est incarné pour mener à terme l’œuvre entreprise au commencement des temps, de sorte que, « comme rien ne fut fait sans Lui » et « qu’en Lui était la Vie et la Vie était la Lumière », ainsi il ne peut y avoir de Vérité, d’harmonie et de Vie qui n’aboutissent au Christ… »

Pour certains scientistes, ces paroles admirables relèveraient d’un concordisme suranné,

C’est faire bon marché de l’Esprit dans la recherche scientifique fondamentale. En vérité, les paroles de Pie XII et celles d’Oppenheimer fixent les principes et tracent la méthode de la pédagogie chrétienne au siècle de la science. Et cette méthode ne peut être que celle du Seigneur.

Pédagogie divine

Dieu enseigne la Vérité par l’Écriture, les Évangiles et la Tradition.

Ce sont les trois temps historiques de sa pédagogie et ce sont les trois temps de l’Histoire de son peuple.

Au centre de l’Histoire, la Vérité : les Patriarches et les Prophètes l’annoncent, le Christ l’incarne, l’Église l’accomplit dans le Corps mystique.

Toute vérité enseignée par l’Église est annoncée, confirmée, accomplie dans ces trois temps. Il n’y a point d’exception :

« Je ne suis pas venu abolir, mais parfaire la Loi et les Prophètes.

Car je vous dis en Vérité, jusqu’à ce que passent le Ciel et la Terre, pas un seul iota ou un seul trait de la Loi ne passera pas que tout ne soit accompli« . (Matthieu, V, 17-18).

L’accomplissement de la Loi est l’assomption de la nature humaine à la Vie de la nature divine, à la connaissance de la Vérité absolue qui est Dieu : « Je suis l’Être et il n’y en a point d’autres« .

Cet absolu du Créateur domine toutes les connaissances de la créature. Connaître, pour participer à la Vie de l’Être : c’est la méthode et la finalité de la pédagogie divine.

La Pédagogie chrétienne

Des méthodes pédagogiques inspirées de la pédiatrie ont obtenu des résultats appréciables sur le plan laïc : de Itard à Montessori, en passant par Seguin, la pédagogie scientifique a pu « réaliser » un certain parallélisme naturel ou « harmonie de croissance » entre les organes physiologiques et les fonctions psychiques. Et ce, d’après le principe que l’enfant est un homme en puissante, dont les embryons essentiels sont physiologique et psychique.

Mais pour nous, pères chrétiens, notre enfant n’est pas seulement un homme en puissance : il est un fils de Dieu en puissance[11]. Il n’y a pas seulement en lui les embryons psychique et physiologique, mais il y a, tout d’abord, l’embryon spirituel qui va constituer le centre « animateur » de son être visible et invisible.

… embryon de l’âme, dirai-je, d’où émanent les jugements de l’esprit, qui retentissent sur le conscient et le subconscient, sur le psychique et sur le physiologique, sur la formation, enfin, de la personne humaine.

Ces jugements, nous l’avons déjà dit, émanent d’une perpétuelle conception de la pensée, dont les « germes reproducteurs » sont les connaissances acquises qui se confrontent entre elles dans le système neuronique.

Or, les connaissances qui informent les jugements, n’ont pas toutes, loin de là, la même valeur déterminante. Ce sont les premières acquisitions qui, placées à la base de l’organisation psycho-physiologique de la mémoire, deviennent des idées-force et orientent le classement, par ordre de grandeur et d’affinité, des connaissances qui vont suivre et s’accumuler dans le temps.

Il ne faut pas oublier que l’homme est un animal à évolution lente.

Le cerveau du bambin est vide; c’est, pour ainsi dire, un schéma qui reste disponible longtemps : les dernières connexions neuroniques ne s’établissent qu’à la septième année.

Au surplus, l’évolution intellectuelle n’est pas le fait du hasard : elle obéit aux lois des « périodes sensibles » où l’enfant est doté d’une capacité prodigieuse pour assimiler des connaissances données, d’après un ordre chronologique donné.

Vous avez tous observé, par exemple, la période sensible du langage, au cours de laquelle l’enfant est investi d’une sensibilité extraordinaire pour fixer les accents et les mots. Il en fait, dans l’enthousiasme et la joie, une acquisition définitive, qu’il ne pourra jamais plus réaliser à aucune autre période de sa vie.

Chaque période sensible a son temps et sa fonction, aucune ne se renouvelle, toutes se caractérisent par une énergie primordiale qui affleure à la conscience sous forme d’amour. L’intelligence en formation voit, absorbe et se construit en aimant. Maria Montessori la définit avec l’expression dantesque : intelligence d’amour.

« Quel étonnement » s’exclame la célèbre pédagogue, « que seules les maladies psychiques aient été étudiées chez l’enfant et qu’on ait laissé dans la profonde obscurité, le fonctionnement normal de son âme et la manière de se construire elle-même ! »

L’intelligence d’amour est la fille aînée de la. Foi : Abraham est le père des vivants.

Or, la Foi s’insère « naturellement » dans la période sensible des acquisitions religieuses, lorsque l’enfant aime qu’on lui parle de Dieu et assimile avec une émouvante ferveur les Vérités fondamentales. C’est alors que celles-ci « s’incorporent » à jamais en lui, qu’elles deviennent « physiologiquement actives » et qu’elles commencent à rationaliser le mécanisme du jugement par la confrontation des connaissances sur la pierre de touche de l’unité historique de la Vérité.

Ainsi l’individu trouvera, toute sa vie, une référence constante à la Vérité, chaque fois qu’il aura à apprécier le bon et le mauvais de ses perceptions, chaque fois qu’il aura à choisir entre le Bien et le mal qu’elles comportent; qu’il aura à se juger, à se former lui-même, en homme libre, par ses libres jugements.

La période sensible religieuse est un don de Dieu, que nul n’a le droit d’aliéner : « Laissez que les enfants viennent à moi » dit le Seigneur. Le pédagogue chrétien serait impardonnable s’il renvoyait au-delà de cette période l’enseignement des Vérités divines qui doivent éclairer tout le processus de la connaissance.

Les mystères de la Foi –Trinité, Incarnation, Rédemption, Résurrection, Ascension– ne sont pas à « expliquer » à l’enfant, mais à « déposer » dans l’organisation naissante de sa mémoire. Mieux que les adultes, les enfants assimilent les Vérités fondamentales, car ils ont le cœur plus pur et l’intelligence plus libre. Nous en avons tous fait l’expérience en famille : l’éternel pourquoi du bambin s’estompe devant les choses de Dieu.

C’est d’ailleurs, rationnel : la juste méthode consiste à énoncer, d’abord, la Vérité et à la démontrer, ensuite, par l’histoire des rapports entre le Créateur et la créature.

Partant, la priorité, tout au moins chronologique, de la Foi, est la base de la méthode. Elle pose des problèmes très ardus à la pédagogie chrétienne qui doit s’aligner au progrès scientifique actuel, tout en respectant le principe immuable qu’aucune découverte scientifique ne peut être en contradiction avec la Parole de Dieu.

Mais il ne s’agit, en fait, que de problèmes d’organisation.

En première urgence, vient le problème du Centre de coordination de l’enseignement théologique et de la recherche scientifique fondamentale. Une Académie chrétienne est la base : tout l’édifice de la pédagogie est bâti là-dessus.

Il faut une autorité morale pour cette fondation : l’Église catholique la détient, même si Elle ne dispose pas des moyens techniques et financiers dont les Académies athées surabondent.

Au surplus, Elle détient ce qui fait le plus défaut à l’Occident ; la doctrine de la Vérité que tout le monde recherche là où elle n’est pas.

Avec la force incomparable de cette doctrine – savoir d’où on vient et où on va – l’Église, aussi pauvre qu’Elle soit, est déjà en avance sur l’adversaire.

Cela dit, on peut raisonnablement espérer que le peuple chrétien trouvera assez de confiance en lui-même pour organiser sa propre Académie avec les théologiens, les savants et les instituts de recherche, dont il dispose à l’heure actuelle.

Si on résout ce problème fondamental, la solution des corollaires ne sera qu’une question de temps.

Certes, ce n’est pas demain que le rêve d’une libre école chrétienne la plus scientifique et la mieux outillée du monde, sera réalisé. Mais l’essentiel sera fait lorsqu’une coopération intime entre théologiens et savants mettra en prise directe la Foi avec la science, toute la science.

Dégager les rapporte entre la Foi et la science de toutes les préventions, les cérébralismes, les partis-pris et les infidélités qui les séparent, c’est, à coup sûr, œuvrer à la purification de la pensée et du jugement : c’est lutter contre l’hérédité du péché originel (et combien actuel !) de la connaissance.

Le Verbe s’est fait chair pour cela et sa Mère est apparue à Massabielle pour réaliser cela dans l’humanisme nouveau. C’est l’Ève nouvelle :

Je suis l’Immaculée Conception

Sur cette évidence, je pourrai aborder la conclusion de ma causerie en essayant d’esquisser la portée pédagogique du Message de l’Immaculée.

Mais je suis homme d’action plus que de doctrine et je voudrais, auparavant, vous parler d’une réalisation qui pourrait être entreprise par la pédagogie chrétienne comme la suite logique, pratique et immédiate de la fondation académique.

Je voudrais vous parler de l’expression cinématographique appliquée à la période sensible la plus durable de toutes, celle où l’enfant acquiert vite et bien les connaissances par les images et leur coordination à la parole. À vrai dire, cette période se superpose à toutes les autres et se prolonge même au-delà de l’enfance.

Je parle de l’emploi rigoureusement étudié du septième art pour réaliser le plan catéchétique de l’Église.

J’ai déjà dît que toute Vérité enseignée par l’Église du Christ est confirmée par son unité historique dans les trois temps, qui est le perpétuel présent du Christ,

C’est l’histoire la plus passionnante du monde que celle de la Vérité se révélant dans les siècles à travers les relations de l’homme avec Dieu. C’est un perpétuel enfantement, mais c’est aussi un drame historique, vivant, réel, sans cesse renouvelé entre Israël, le Christ et son Église.

Quelle puissance de pénétration et de persuasion et combien soutenu l’intérêt de ces films dont le sujet est toujours un combat de la Vérité, avec ses « suspenses » et ses victoires, avec les harmonies et les contrastes du Divin et de l’humain, depuis les Origines jusqu’à nos jours !

Toute la grandeur et les misères de l’homme, tous les éclats de la Miséricorde divine et sa Justice, toutes les splendeurs de la Vérité incarnée, ses signes et ses paraboles, tous les héroïsmes et les miracles des Saints peuvent être « exprimés » dans une suite fulgurante de séquences pour réaliser un véritable enseignement de la Vérité par la joie.

J’en ai fait l’expérience personnelle dans un Centre d’études pour le film catéchétique : des centaines de scénarios sont à l’étude, dont chacun présente un tout autre intérêt moral et artistique, même au point de vue du grand public, que la plupart des produits de cette industrie cinématographique sans loi, sans idéal et sans pudeur, qui est on train de pourrir le monde.

Or, l’enseignement ainsi, conçu de la Vérité par le film, offre l’avantage d’intéresser aussi, bien les petits que les adultes. Et, partant, il n’est point utile de l’installer dans les salles de classes; toutes les salles sont bonnes, dans les écoles ou les paroisses.

Ainsi la voie d’une éducation permanente est ouverte ; car, non seulement les élèves devraient ou pourraient suivre les cours cinématographiques, mais les parents et les amis des élèves y seraient invités. C’est là, me semble-t-il, un moyen d’apostolat propre à briser les préventions ou l’indifférence des tièdes et des incrédules.

…Equiper toutes les salles dont dispose le monde chrétien, leur fournir les cours filmés aux meilleures conditions de prix et de qualité, c’est, à n’en pas douter, un objectif gigantesque. Mais il n’est pas hors portée des moyens de l’Église; à la condition que les chrétiens soient prêts à accomplir leur devoir, tout leur devoir envers Dieu, envers eux-mêmes et envers leurs propres enfants.

Il est, d’ailleurs, légitime d’espérer que les Pouvoirs publics les appuieraient. Peut-on, en effet, concevoir un homme d’État chrétien qui négligerait une arme aussi puissante pour défendre les générations nouvelles de l’amoralité qui les menace ?

Le véritable combat

Mais il est encore un point essentiel de la question, que je dois vous Signaler, car il est au cœur du drame de l’humanisme et, par-là même, au cœur de la pédagogie : Il s’agit du déséquilibre toujours croissant entre la Morale et la science.

Il n’est pas un gouvernement, à l’Ouest comme à l’Est, qui ne soit préoccupé par ce danger mortel pour l’humanisme.

Tous s’efforcent d’y parer par un savant dosage des heures consacrées aux mathématiques et aux sciences, d’une part; à la philosophie, la littérature, l’histoire, etc…d’autre part, au cours des études supérieures.

Mais ce n’est la que la recherche d’un équilibre intellectuel. Le problème est tout autre : c’est l’équilibre moral (et fondamental) qu’il s’agit’ de trouver, car la Loi de la Valeur de toutes choses est une Loi morale et, par-là même, spirituelle.

Or, ce principe si simple, si élémentaire, commande la fonction de la pédagogie par rapport à l’humanisme. C’est un principe spirituel. Et, néanmoins, presque tous s’acharnent à chercher la loi de la valeur dans le matérialisme, alors qu’elle est en dehors de lui.

En conséquence, cette pédagogie matérialiste forme des individus inaptes au jugement ; ils n’ont pas de loi définie pour juger ou ils jugent d’après des lois contradictoires entre elles ; d’où les incertitudes et les erreurs du jugement individuel et social de la valeur, d’où l’alternative « profit ou contrainte » posée aux relations humaines.

Cette alternative est tout ce qu’il, y a de plus actuel :

D’un côté de la barricade, est la loi du libre échange qui détermine la valeur par le profit. Elle perpétue les conflits d’intérêts… et justifie, en fin de compte, l’idolâtrie des James Dean.

De l’autre côté, la loi du collectivisme intégral :

de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins.

Magnifique slogan que le Christianisme pourrait faire sien et, si vous voulez, définition du communisme à venir.

Mais cela ne fait que poser le problème : quelle est la loi de la valeur qui déterminera la capacité de chacun et sa contrepartie, ainsi que la mesure des besoins de chacun dans la collectivité ?

Le communisme ne peut répondre à la question que par la « loi » totalitaire de Leontiev : « L’État soviétique est maître de la valeur et l’utilise consciemment dans l’intérêt du socialisme ».

…Quel État ? Celui que le marxisme a voué au dépérissement ?

Ou « l’état réel » de la bureaucratie d’aujourd’hui et de la technocratie de demain ?

En réalité, c’est le dépérissement du régime marxiste lui-même qui commence avec la mystification de la loi de la valeur. Et les impératifs du progrès économique le précipitent vers sa fatale issue.

Nous le prêchons depuis dix ans et les événements actuels nous donnent raison : le premier objectif matérialiste du communisme est près d’être atteint en Russie ; le standing de vie du citoyen soviétique sera bientôt l’égal du standing américain, voire supérieur.

Mais, avec l’abondance de la production, vient le choix des biens offerts à la consommation. Et ce choix est un jugement de valeur, dont la doctrine marxiste ignore la loi. Aucune conquête de la science objective ne peut apporter la loi morale du libre Jugement des valeurs : la science marxiste peut bien envoyer des fusées dans les planètes, mais seulement avec des serfs à bord.

Pas plus que tout autre régime de l’ère atomique, la dictature prolétarienne ne peut désormais se dérober devant l’évidence : sans loi de la valeur, pas de libre et juste, jugement individuel et social, pas d’homme libre, pas de société libre, pas de véritable humanisme.

Que cette loi soit morale, personne n’en doute : c’est une loi de l’Esprit. Le matérialisme dialectique n’a rien à voir avec elle. Historiquement elle appartient au Christianisme, même si les chrétiens ne l’ont guère appliquée jusqu’ici.

 

Le récit de l’Éden atteste que cette loi est divine. Une fois pour toutes, la Genèse a établi que la connaissance du Bien et du mal est prérogative de la nature supérieure.

Or, le Bien et le mal sont « la matière » du jugement créateur : ils sont le positif et le négatif de l’Énergie qui donne le mouvement et l’unité à l’évolution de l’univers créé.

C’est pourquoi le Verbe de Dieu est, à la fois, l’Ordonnateur et le Juge. Celui « par Qui tout a été fait » et par Qui tout est jugé.

 

Au milieu des temps le Juge éternel s’est incarné pour libérer les justiciables par le Jugement du Golgotha entre le Bien et le mal : C’est là que toutes les valeurs humaines ont été jugées.

La Morale de la Loi resplendit dans le Sacrifice librement consenti par le Fils de l’homme.

Aujourd’hui, le matérialisme se dresse avec une force inégalée contre la loi morale de la Valeur. Mais, à l’heure même, résonne plus fort que jamais l’Irridebit eos ! du Prophète. Tel un étau d’acier aux dimensions du monde, l’impératif de la Loi morale de la Valeur, fondée sur la Vérité absolue, enferme de plus en plus le matérialisme dialectique dans ses contradictions et, bientôt, ne lui laissera plus d’issue.

Une génération tout au plus et la chose sera jugée dans la Paix ou dans la guerre.

C’est au Christianisme, à sa pédagogie, d’œuvrer pour que ce soit un jugement de Paix.

Le combat chrétien de la pédagogie est un combat de la Vérité et de l’Amour. Pas de trêve à la doctrine perverse jusqu’à son dépérissement : autant de haine contre elle que d’amour pour les frères communistes enchaînés à l’erreur.

Je vais vous faire rire, Mesdames et Messieurs : je suis le dernier à croire à la possibilité d’une coexistence entre le Christianisme et le marxisme, mais je ne suis pas le dernier à admettre la bonne foi de Khrouchtchev.

Aussi, ne suis-je pas impressionne outre mesure que celui-ci soit un peu en retard sur l’heure, quand il questionne : « Combien de divisions a le Pape ? »

Car Khrouchtchev est bien trop intelligent pour ne pas comprendre que l’armée du Pape est semblable à celle de Gédéon : elle est triée jusqu’au petit nombre au bord de l’eau pure et son arme secrète est la lumière de la Vérité qui éclate à l’heure de Dieu.

Au surplus, le camarade Président, qui .aime citer les Écritures, ne devrait pas oublier le sort que Gédéon fît « au camp de Madian, d’Amalec et de tous les fils de l’Orient répandus dans la plaine et nombreux comme les sauterelles… « . (cf. Juges» VIl, 12)

Or, voici qui est actuel ; le Seigneur a donné le commandement de la petite armée du Pape à la Femme vêtue du Soleil qui resplendit ici : l’eau jaillit sous ses Pieds et le buisson ardent est devant Elle pour allumer les flambeaux de la victoire.

Poésie concordiste que la mienne ? Sans doute le dira-t-on. Mais, alors, comment expliquera-t-on la concordance historique et philosophique de cette opposition « synchronisée » depuis un siècle entre la doctrine de l’Immaculée Conception et celle de la dialectique matérialiste, qui doivent, maintenant, s’affronter dans un combat décisif pour l’humanisme ?

Et qui, donc, peut mener ce combat au nom de la Lumière, si ce n’est Celle en Qui la Lumière s’est incarnée pour « éclairer tout homme venant en ce monde » ?

La merveilleuse doctrine

De même que le matérialisme est roi dans l’école matérialiste ou se rassemblent les forces de l’adversaire, l’Immaculée Conception – Sedes Sapientiæ » est la Reine de l’École chrétienne oïl nos forces doivent se rassembler :

 » JE SUIS L’IMMACULEE CONCEPTION « 

 » Ce n’est pas une synthèse idéologique  » a écrit mon maître Monseigneur Calvet. Qui dit Conception, dit action et vie. C’est donc, une abstraction vivante et agissante comme celle de Jésus : – Je suis la Vérité, la Lumière et la Vie -, car II est, totalement et substantiellement, toute Vérité, toute Lumière, toute Vie. D’une manière analogue et parce que l’Homme-Dieu, dont Elle est la Mère, a voulu la faire participer à son totalitarisme transcendant, Marie est toute Conception Immaculée.

 » Elle embrasse, donc, par la réalité comme par le Nom, tout ce qui est conçu : l’Ève nouvelle, le Verbe fait chair, tout enfant de Dieu naissant à la vie surnaturelle, tout jugement, toute volition, tout ce qui sort de la main de Dieu et tout ce qui sort de la source jaillissante de l’activité humaine… ».

Je suis l’Immaculée Conception.

Toute conception de la pensée est jugement et tout jugement s’informe de la connaissance.

Lorsqu’Il voulut pénétrer le mystère « surnaturel » de la connaissance du Bien et du mal, le premier Homme viola les frontières entre la nature divine et la nature humaine ; il voulut participer au Jugement du Créateur et appela sur la créature la responsabilité du jugement.

Dieu n’a pas relevé la barrière de la connaissance que le premier Adam avait renversée, mais II l’a remplacée par le « mur mitoyen » dont parle l’Apôtre : Il  a envoyé son Fils unique – l’Adam céleste – faire l’union des deux natures dans la Personne du Juge qui s’est incarné, par l’Esprit, au sein de l’Ève nouvelle, la Vierge conçue sans péché.

Je suis l’Immaculée Conception : Comme la Maternité divine, la Conception divine est de l’ordre des choses infinies.

« Quando præparabat cœlos adheram » : depuis l’origine des temps, Elle est au centre de l’Univers intemporel, de l’univers spirituel et, donc, de l’univers physique. Car tout a été créé, tout a été ordonné d’après la Conception de la Pensée divine et par le Verbe qui s’est incarné en Marie.

Après son aspect temporel de Nazareth, la Conception du Christ continue dans la Conception du Corps mystique et par la plénitude du jugement qui jaillit de la connaissance pure : l’amour pur en acte pur.

Aucun jugement n’est étranger à l’Immaculée Conception, car tout jugement divin ou humain, est une conception de la pensée :

MERE DE DIEU, MARIE PARTICIPE, PAR LA CONNAISSANCE, AU JUGEMENT DE DIEU ; MERE DES HOMMES, ELLE PARTICIPE, PAR SA PROPRE NATURE, AU JUGEMENT DE L’HOMME : L’HARMONIE, EN SA PERSONNE, DES DEUX JUGEMENTS FAIT D’ELLE LE PROTOTYPE DE L’ASSOMPTION DE LA NATURE HUMAINE À LA VIE DE LA NATURE DIVINE.

C’EST POURQUOI LA DOCTRINE DE L’IMMACULEE CONCEPTION EST LA DOCTRINE DU JUGEMENT.

Elle éclaire tout bien de la « connaissance », toute justice du « social », toute finalité de « l’humanisme ».

Sans doute, elle est inséparable de son contexte historique, mais, elle fait sa synthèse dans le sens actif – le sens réel – du NOM ineffable révélé a Massabielle :« Je suis l’Immaculée Conception »

Charles Péguy avait eu l’intuition de ces prodigieuses réalités quand il écrivait à Stanislas Fumet :

« Toutes les questions spirituelles, éternelles et charnelles gravitent autour d’un point central, auquel je ne cesse de penser et qui est la clé de voûte de ma religion : c’est l’Immaculée Conception ».

Que ces immensités du Jugement apparaissent, à la fois, surhumaines et maternelles, depuis que la Vérité a levé, ici-même, un voile sur les paroles de son Fils à Nicodème !

C’est Elle, en effet, qui éclaire la précision et le crescendo des deux enseignements qui ont bouleversé le docteur d’Israël… et ses successeurs : « Nul, s’il ne nait d’en haut, ne peut voir le Royaume de Dieu… nul, s’il ne renait de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu ».

Tout d’abord, c’est par la naissance d’en haut – de l’Esprit – que l’homme pourra « voir » le Royaume.

À Nicodème, qui manifeste sa surprise, le Christ réplique et ajoute que seulement par la renaissance de l’eau et de l’Esprit, l’homme pourra « entrer » dans le Royaume de Dieu.

Les Saints voient le Royaume, mais ils attendent la Résurrection, qui sera purification « totale » de la chair en harmonie parfaite avec l’Esprit. C’est la renaissance à partir de l’eau, principe physique de l’ordre créé, de l’eau, substance et image du baptême qui introduit la créature dans la filiation du Créateur.

La Vierge apparue dans ce Rocher est la Mère qui vient d’en Haut : l’Esprit est avec Elle et l’eau a jailli sous ses Pieds.

C’est Une Mère véritable qui reçoit véritablement en son Sein spirituel le vieil homme et le régénère à la Vie de l’Esprit par la régénération des sources spirituelles et physiologiques du jugement, par une connaissance active de la Vérité, par l’Amour du Bien et la haine du mal, par la séparation de la Lumière et des ténèbres au cœur même de l’homme.

Le cri de « Mère, Mère, Mère ! » qui résonne depuis un siècle dans la Vallée de Massabielle, n’est pas une formule creuse de dévotion : c’est le cri des mille et mille qui ont senti la Présence de leur Mère à la Grotte des apparitions.

Mère de tous les hommes, l’Immaculée Conception les appelle tous à s’unir autour de cette Église une où Elle s’est « historiquement » manifestée dans le but bien défini de leur apporter un Message d’unité et de Paix.

Sens de l’histoire

En fait, certaines coïncidences historiques ont été mises en avant comme une confirmation surnaturelle du Message marial à la rue du Bac, à Lourdes et à Fatima. L’Église en jugera.

Nous nous limiterons a chercher dans quelle mesure le Sens historique des trois messages s’accorde avec le sens de l’histoire contemporaine.

Disons, d’abord, que les trois messages ne font qu’un. C’est toujours de l’Immaculée Conception qu’il s’agit :

– en 1830, à la rue du Bac, c’est l’origine : Marie conçue sans péché,

– en 1858, à Lourdes, c’est la doctrine : Je suis l’Immaculée Conception,

– en 1917, à Fatima, c’est l’action par le Cœur Immaculé de Marie.

Pendant cette même période et avec un remarquable synchronisme, la direction et l’exploitation de la science, coordonnées au développement du matérialisme historique, ont éloigné l’homme de Dieu et l’ont précipité, désarmé, dans un conflit redoutable dont la personne humaine est l’enjeu. Le siècle de Marie coïncide avec le siècle de la science appliquée et du matérialisme marxiste.

Je ne saurais donner, ici, qu’un aperçu de ces constatations, mais il suffira, peut-être, à situer le problème :

La rue du Bac

– Catherine Labouré vient au monde en l’année où Avogadro ouvre l’ère atomique avec ses premières expériences pour peser l’atome ;

– en 1818, naît Karl Marx et Catherine fait sa première Communion ;

– en 1830, ont lieu les Apparitions à la Chapelle des religieuses. C’est l’année où Faraday, le père de l’électrotechnique, réalise l’induction, d’où la dynamo, les barrages électriques, les centrales géantes, les lignes à haute tension, le cœur de l’auto et de l’avion… tout le gigantesque essor de la production moderne.

Lourdes

En février 1858 ont lieu les premières apparitions de Massabielle.

Ce même mois, Marx présente à Lassalle le plan d’ensemble du « Capital »

Au mois de Juillet 1858 a lieu la dernière apparition.

Ce même mois, Darwin présente à la Royal Society de Londres sa communication sur « la tendance des espèces à former des variétés et la perpétuation des espèces par le processus naturel de sélection ».

Avec Marx : l’athéisme politique, condition de la libération de l’homme ; avec Darwin : le rejet de la Genèse, condition du progrès de la science…

Fatima

Le 16 Avril 1917, Lénine et ses compagnons d’exil arrivent à Saint Petersburg pour mettre en branle la révolution bolchevique (le parti ne compte à cette date que 40. 000 adhérents),

un mois après le 13 Mai, a lieu la première apparition à la Cova da Iria.

Le 7 novembre 19 I7, (révolution d’octobre suivant le calendrier russe) les bolcheviques s’emparent du pouvoir et Lénine instaure la « dictature prolétarienne » en Russie, ouvrant ainsi l’ère communiste dans le monde.

Le 13 octobre 19 I7 a lieu la dernière apparition accompagnée du miracle qui confirme la grande promesse : « Pour empêcher le châtiment des crimes du monde par la guerre, la famine et les persécutions contre l’Église et le Saint-Père, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé… Si l’on écoute ma demande, la Russie se convertira et on aura la Paix… »

Lucie enregistre la promesse, sans connaître, pour autant, ce que signifie « a Russia »…[12]

Certains attribuent au hasard – ce qui est plutôt outrageant pour la Vierge – le fait que ce nom typiquement musulman de Fatima désigne le lieu de la grande manifestation mariale du XX° siècle.

Ce nom, on le sait, lui vient de Fatima, la fille du Vali d’Alcacer do Sal, qui est devenue, par le baptême, Oureana.

Mais c’est aussi le nom de la fille préférée de Mahomet, à qui son père aurait dit sur le lit de mort : « Fatima, tu seras la dame des femmes du Paradis, après Marie« .

En fait, la vénération des musulmans pour Marie est partie intégrante des enseignements du Prophète. On donne pour authentique la lettre de celui-ci au Négus d’Abysainie, où on lit :

 » Je témoigne que Jésus, Fils de Marie, est l’Esprit de Dieu et sa Parole qu’Il a jetée en Marie, la Vierge, la Vertueuse, la Pure Elle le conçut de son Esprit et de son Souffle, créé de la même manière que Dieu avait créé Adam de sa propre Main ».

Non seulement l’Islam a toujours vénère la Mère de Jésus, mais il a même précédé, dans les textes coraniques, la définition du dogme de l’Immaculée Conception : « Tout fils d’Adam, nouveau-né, est touché par Satan, sauf le Fils de Marie et sa Mère » dit le Coran.

Les exégètes de l’Islam reconnaissent l’origine davidique de Marie et le Coran en rattache même la généalogie à Adam, par Abraham et Noé.

Les historiens musulmans racontent que Sainte-Anne, vieille et stérile, fut rendue féconde par Dieu et enfanta Marie.

Le chapitre XIX du livre sacré de l’Islam est intitulé Maryam. Il fait le récit de l’Annonciation, qui se conclut en ces termes : « Elle demanda :

– D’où me viendra un fils si aucun homme ne m’a touchée et je ne suis pas dissolue ? – Il dit : – Ainsi a parlé ton Seigneur : cela pour moi est facile. Afin que nous fassions de Lui un signe pour les hommes et une miséricorde de notre part. Et c’était chose décidée -.Elle le conçut.  »

Et le Coran ajoute : « O Marie, lui disaient les Anges, tandis qu’Elle allait en compagnie de Joseph puiser de l’eau, O Marie, Dieu t’a élue et t’a purifiée et t’a élue au-dessus de toutes les femmes »…

Aussi comprend-on que les pèlerinages des musulmans aux Sanctuaires de Marie n’aient jamais cessé depuis la naissance de l’Islam. Il n’est pas rare de voir à la Grotte de Massabielle des musulmans prier avec une ferveur au moins égale a celle des chrétiens.

Ce ne serapas hasardeux, me semble-t-il, de conclure que si les Chrétiens et les Musulmans se sont combattus et cherchés, au cours des siècles, sur les plans social et religieux, ils se sont néanmoins, retrouvés aussi bien dans le culte exclusif du Dieu Unique et de sa Vérité absolue, que dans la dévotion à la Vierge Immaculée.

Aujourd’hui, Christianisme et Islamisme doivent faire face à un danger commun, le plus grave, peut-être, de leur histoire.

L’attaque du matérialisme marxiste sur l’Afrique est amorcée : si, au nord, la barrière des peuples de l’Islam cède, l’idéologie communiste aura vite fait de se rendre maîtresse du continent noir et d’y détruire toutes les valeurs religieuses.

 

Ce serait, au surplus, enlever un poumon à l’Europe et les deux aux nations arabes.

Les symptômes de cotte évolution tragique, dont le passage obligé est, en quelque sorte, l’Egypte, avec son Université fameuse et ses traditions anciennes, étaient à peine sensibles, il y a vingt-cinq ans, lorsque se produisit, à Port-Saïd, une suite de phénomènes, dont l’explication est aisée ou difficile selon les différentes optiques doctrinales :

– Le 6 décembre 1933, année jubilaire, les architectes tracent sur le terrain, à Port-Saïd, les axes et les arcs d’un nouveau Sanctuaire consacre à la Vierge Immaculée.

À l’heure même, un resplendissant arc-en-ciel se lève sur le canal de Suez.

 

– Le 11 février 1934, solennité des Apparitions de Lourdes, la première pierre du Sanctuaire est posée.

Après un violent orage, le ciel s’éclaircit juste à l’heure de la cérémonie et, à la fin, un magnifique arc-en-ciel se lève sur le canal.

 

– le 13 février 1937, le Cardinal Dougherty, légat du Pape, vient bénir le Sanctuaire.

À l’heure précise de la bénédiction, l’arc-en-ciel se lève, aussi lumineux que les deux fois précédentes, sur le canal.

Bien que ces phénomènes soient extrêmement rares dans la région, nous n’en tirerons pas des conclusions hâtives.

Mais il nous appartient de constater la coïncidence historique de ces phénomènes avec les premiers symptômes du danger qui menace, à la fois, le Christianisme et l’Islamisme.

Au surplus, je me dois de livrer à votre méditation la parole de Dieu à Noë, après le déluge : « J’ai mis mon arc dans la nue et il deviendra le signe de mon alliance entre Moi et la terre… tel est le signe de l’Alliance que j’ai établie entre Moi et toute chair qui est sur la terre ». (Genèse, IX, 13 et 17)

Dans cette perspective supérieure, les phénomènes de Port-Saïd placent les relations entre le Christianisme et l’Islam dans un sens de l’histoire qui confirme et dépasse l’explication scientifique.

Si on l’avait suivi, on n’aurait point débarqué (et réembarqué) des troupes « colonisatrices » à Port-Saïd, mais on aurait bien plutôt pris le chemin de la Paix, du monde, qui passe par la nécessaire coopération entre les anciens pays colonisateurs et les pays nouvellement « décolonisés »… On aurait, peut-être découvert le sens de l’histoire contemporaine grâce à ce Sanctuaire de la Vierge qui domine l’issue du Canal reliant les peuples sous-développés de l’Orient aux peuplée industrialisés de l’Occident.

……………………………

Mais il est encore une petite coïncidence, tout actuelle, que je voudrai vous signaler. Vous en serez, d’ailleurs, les témoins directs tout à l’heure.

En sortant d’ici, nous devons, comme vous le savez, nous rendre à la Grotte pour consacrer nos familles au Cœur Immaculé de Marie, ainsi que l’a demandé la Vierge de Fatima.

Je pense que nous allons à cette cérémonie comme les représentants chrétiens de tous les pères de famille responsables de la génération nouvelle qui doit forger en elle-même l’humanisme nouveau.

L’acte est si important que S, E. le Cardinal Tisserant, Légat du Souverain Pontife, avait décidé de présider lui-même la cérémonie. C’est inscrit dans le programme officiel de la journée.

Or, à la dernière minute, le Légat s’est trouvé empêché et il vient de nous informer que la Consécration sera présidée par Son Éminence Cerejeira, le Cardinal de Fatima.

Allons, Mesdames et Messieurs, partons d’ici : l’heure vient de sonner au clocher de l’Immaculée.

À la demande des Organismes intéressés, et dans les limites de son calendrier, notre conférencier donnera lecture de ce texte, suivie d’une libre discussion.

 

En préparation :

DOCTRINE SOCIALE DU CHRISTIANISME

RELIGION, LAÏCITÉ et MARXISME FACE À LA SCIENCE.


[1] [ Nom de plume utilisé par Emanuele Brunatto]

[2] Lénine, Œuvre, ed.russe, T.XIII, p. 110 et 111.

[3] Cfr. « Le Marxisme » – Cours 1955-56 du Dr. Lloret, prêtre de la Mission. C’est la meilleure exégèse que je connaisse des textes marxistes-léninistes.

[4] Lénine, Œuvre, T.XIII, p. 215

[5] Lénine, Œuvre, T.XIV, p. 322

[6] Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel œuvres, trad. Molitor, Paris 1929, Tom. I, p.84

[7] La seule loi de la valeur ayant droit de cité en régime marxiste est la loi totalitaire de Leontiev : «L’État Soviétique est maître de la valeur et il l’utilise consciemment dans l’intérêt du socialisme. »

[8] Cfr. Brunatto « Coopération ou coexistence ? » p.15 – 400frs- Institue coopératif – 8 rue Saint Marc – Paris 2°.

[9] Indiqué comme cela dans le document original en notre possession.

[10] Pour ajouter à ma renommée d’intégriste, je voudrai suggérer un rapprochement entre la valeur mathématique de certains nombres de la table de Mendeleïev et la valeur traditionnelle des mêmes nombres suivant la pensée de Saint Augustin. Et cela, au sujet de l’H2O des Origines : H, hydrogène, est l’atome n° 1, le nombre du Père, de l’Unité ; et O, oxygène, est l’atome n° 8, le nombre du Fils, du Verbe Ordonnateur

[11] « À tous ceux qui le reçurent, il donna le pouvoir de devenir enfant de Dieu… » (Jean, I, 12).

[12] Cf. Le Publicain “Pourquoi je l’aime” 100 pages, 450 frs. 8 rue des Petits-Pères, Paris 2°


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